Le mois de septembre est là, les fournitures scolaires ont envahi les rayons des magasins et les cartables sont prêts. Pas de doute : c’est la rentrée. Mais lorsque l’on est enfant et que l’on souffre d’eczéma, la perspective de la rentrée scolaire peut provoquer un véritable stress.
L’eczéma accompagne votre enfant jusque dans la cour de récréation. La vie scolaire d’un enfant atteint de dermatite atopique ou d’eczéma de contact peut s’avérer complexe. Alors, comment préparer cette rentrée scolaire ? Comment optimiser ses journées à la crèche ou chez la nounou ? Quels éléments transmettre à l’équipe éducative ?
La rentrée scolaire additionne deux sources de stress chez l’enfant atopique : celui de l’école et celui de la maladie.
Sommaire
- Pourquoi la rentrée scolaire est difficile quand on a de l’eczéma
- Comment préparer son enfant avant le jour de la rentrée
- Ce qu’il faut prévoir dans le cartable et dans l’armoire
- Prévenir l’école, la nounou ou la crèche
- Quels aménagements scolaires demander
- Que faire si votre enfant subit des moqueries
Pourquoi la rentrée scolaire est difficile quand on a de l’eczéma ?
La rentrée des classes reste un moment particulier pour tous les enfants. Elle l’est davantage encore pour ceux qui souffrent d’eczéma, car elle réveille deux inquiétudes en même temps : le retour en classe et le regard des autres sur la peau.

Le rythme des vacances laisse place à celui de l’école
Durant l’été, les enfants se sont amusés, se sont reposés et ont vécu selon un rythme différent. Le retour à l’école peut donc provoquer un sentiment de tristesse et engendrer du stress. Ce stress est double : il est lié à l’école en elle-même, mais aussi à la maladie. L’enfant atteint d’eczéma se demande comment ses camarades de classe vont se comporter avec lui et comment ils vont juger sa différence.
Cette appréhension grandit encore s’il entre au collège, s’il change d’établissement à la suite d’un déménagement, ou s’il a déjà subi des remarques d’élèves l’année précédente.
Ce que vivent réellement les élèves atopiques, les chiffres
En France, 10 à 15 % des enfants sont touchés par la dermatite atopique, tous âges confondus, il s’agit de la maladie la plus fréquente après l’acné. Elle touche des milliers de petits écoliers, avec un impact sur la qualité de vie tout à fait mesurable. Une étude lancée par l’Association Française de l’Eczéma le confirme :
- 22 % des enfants atteints de dermatite atopique, soit près d’un enfant sur quatre, déclarent avoir des problèmes de sommeil, avec pour conséquences des difficultés à se concentrer en classe et des absences.
- 33 % se sentent malheureux à cause de leurs problèmes cutanés, et ce chiffre monte à 69 % chez les enfants atteints d’une forme sévère d’eczéma.
- 15 % admettent subir des moqueries à l’école et se sentir isolés du groupe, une proportion qui atteint 50 % dans les formes sévères.
Une crise d’eczéma en pleine classe ou pendant le sport
Vivre une crise d’eczéma devant les autres, reste difficile à gérer pour un enfant.
Et les occasions abondent : le contact avec un produit ou une substance, la poussière, la transpiration dans une salle de cours mal ventilée sont autant de facteurs capables de déclencher une poussée inflammatoire, avec ses démangeaisons et ses plaques rouges.
Ce sont toutes ces situations qu’il convient d’anticiper.
Comment préparer son enfant avant le jour de la rentrée ?
Par le dialogue, avant tout. Anticiper la rentrée avec son enfant permet de le rassurer et de lui donner des clés concrètes pour gérer ses crises à l’école.

Comment expliquer l’eczéma à son enfant ?
L’eczéma reste une maladie difficile à saisir pour un enfant. Expliquez-lui ce qu’est la dermatite atopique, comment elle apparaît, pourquoi une crise se déclenche. Rappelez-lui qu’il s’agit d’une maladie chronique non contagieuse, et qu’il peut parler de sa peau sans honte.
Ce temps de parole a une deuxième vertu : il permet à l’enfant de poser ses questions et de faire part de ses doutes. Consacrez-lui du temps pour qu’il exprime ses peurs et ses appréhensions, vous trouverez ensuite les mots adaptés pour le rassurer. Il doit aussi savoir qu’il peut compter sur son professeur, ou sur n’importe quel membre de l’équipe enseignante, à tout moment de la journée.
Quels exercices anti-stress avant la rentrée ?
Les activités anti-stress se pratiquent dès le plus jeune âge :
- des exercices de respiration ;
- une musique apaisante ;
- des exercices de relaxation.
Il existe différents exercices selon l’âge de l’enfant. Testez-en plusieurs, observez celui qui produit le plus d’effet, puis intégrez-le dans une routine au moment du coucher ou dès que votre enfant se sent stressé.
Comment rester serein soi-même, en tant que parent ?
Les enfants sont de véritables « éponges émotionnelles ». Si vous êtes stressé, votre enfant le ressentira et le deviendra à son tour. Gardez donc en tête que vous avez tout fait pour bien le préparer à cette nouvelle rentrée scolaire, et que vous pourrez l’accompagner au jour le jour en cas de besoin. Qu’il s’agisse de stress, de moqueries ou d’autre chose, vous serez à ses côtés et vous trouverez la meilleure solution pour lui.
Que prévoir dans le cartable et dans l’armoire ?
Des vêtements doux, une trousse de soins accessible et une routine d’hydratation compatible avec les horaires de l’école. Ces trois préparatifs limitent le nombre de crises.

Quels vêtements choisir pour éviter les crises à l’école ?
Privilégiez les matières douces et naturelles, comme le coton ou le lin, qui évitent à votre écolier de transpirer : la transpiration reste un facteur de risque de poussée. À l’inverse, tenez-vous à distance de la fibre synthétique et de la laine. Trois réflexes complètent le choix des matières :
- couper les étiquettes, souvent irritantes et sources de frottements ;
- éviter les vêtements trop serrés, qui favorisent la transpiration et l’irritation ;
- appliquer les mêmes règles à la tenue de sport.
Que met-on dans la trousse de secours anti-grattage ?
Cette trousse contient au minimum ses crèmes émollientes et un objet anti-stress. Elle peut rester dans le cartable ou être déposée à l’infirmerie, afin de pouvoir réagir à tout moment en cas de poussée inflammatoire et de démangeaisons trop sévères. Elle fait partie des cinq techniques anti-grattage en cas d’eczéma, qui reposent notamment sur le froid et sur le fait d’occuper les mains avec un objet non irritant glissé dans la poche, une bille ou un dé par exemple.
Adaptez le contenu de la trousse à l’âge de votre enfant. Et, toujours selon son âge, proposez-lui de choisir lui-même la trousse qui lui plaît : il l’emportera d’autant plus volontiers.
Comment adapter la routine d’hydratation aux horaires de l’école ?
L’hydratation de la peau doit rester régulière. La rentrée est l’occasion de mettre en place un rituel quotidien, qui différera peut-être de celui des vacances, à cause des horaires de la crèche ou de l’école. Rappelez à votre enfant qu’il doit boire régulièrement dans la journée, se doucher après une séance de sport et appliquer sa crème émolliente ensuite.
Faut-il prévenir l’école, la nounou ou la crèche ?
Oui, et cette démarche est même indispensable. Informer les adultes qui vont s’occuper de votre enfant leur permet de faire preuve de vigilance, de comprendre son comportement et de prévenir un retard scolaire.
Que dire à l’enseignant ou à l’auxiliaire de crèche ?
Expliquez la maladie et ses conséquences concrètes. Ainsi informés, la nounou, l’institutrice ou les auxiliaires de crèche seront plus attentifs au comportement de l’enfant et de ses camarades.

Ils pourront aussi lui réserver du temps supplémentaire pour appliquer sa crème après un cours de sport ou en classe en cas de crise.
Sachez que, lorsque votre enfant entre en crèche ou à l’école, il est possible de mettre en place un Projet d’Accueil Individualisé (PAI).
Ce document est élaboré à la demande de la famille, par le directeur de la structure et le médecin, à partir des informations transmises par la famille et le médecin traitant. Il peut être envisagé très tôt chez l’enfant atopique, en particulier en cas d’allergies alimentaires associées, et peut également être mis en place durant la scolarité.
Comment l’enseignant peut-il aider pendant une crise ?
En proposant les bons réflexes au bon moment. Si l’enfant se met à se gratter, en classe ou dans la cour de récréation, le professeur peut lui proposer d’utiliser son objet anti-stress, une boule anti-stress que vous lui aurez offerte par exemple. Il peut aussi lui rappeler d’appliquer régulièrement ses soins émollients. Si la poussée est franche, c’est le dermocorticoïde prescrit par le médecin qui prend le relais des émollients sur les lésions.
Faut-il en parler aux autres parents d’élèves ?
Dans certains cas, oui : ils pourront parler de la dermatite atopique à leurs propres enfants. Rappelons-le, la dermatite atopique est une maladie chronique non contagieuse.
Mais elle reste méconnue du grand public, et faire savoir que l’eczéma est une maladie non contagieuse demeure l’un des combats de l’association. Visuellement, ses signes peuvent questionner les autres enfants.
Le professeur joue ici un rôle décisif. Il peut en parler en classe et expliquer que les lésions de grattage qui effraient tant les autres élèves restent non transmissibles, et que si leur camarade se gratte, c’est à cause de sa peau différente. Des ateliers ludiques peuvent être mis en place. Ainsi sensibilisés, les camarades laisseront de côté les moqueries et les railleries dans la cour de récréation.
Que faire quand l’eczéma empêche l’enfant de dormir ?
Prévenir l’enseignant, là encore. Les crises et les démangeaisons empêchent parfois l’enfant de s’endormir : le lendemain, il est fatigué, il manque d’entrain et d’énergie. Les démangeaisons sont généralement plus intenses la nuit et entraînent dans la journée somnolence, irritabilité, voire troubles du comportement. Prévenu, le professeur pourra adapter son attitude, proposer des temps de repos et comprendre d’éventuelles absences ou une irritabilité passagère.
Quels aménagements scolaires demander ?
Des aménagements simples, qui portent sur la place de l’enfant, le mobilier de la classe et l’organisation des activités physiques.

Où placer son enfant dans la classe ?
Loin des sources de chaleur. Installez-le à distance d’un radiateur en hiver et d’une fenêtre exposée au soleil : la chaleur et la transpiration figurent parmi les facteurs déclenchants d’une crise. Demandez à votre enfant de bien choisir sa place et sensibilisez son professeur à cette problématique.
Tapis, coussins, moquettes, quel mobilier surveiller ?
Le mobilier scolaire fait partie des aménagements à évoquer. Tapis, coussins et moquettes peuvent abriter de la poussière et des acariens, eux aussi considérés comme des facteurs déclenchants ou aggravants.
Sport, natation et sorties scolaires, quelles précautions ?
Le sport reste vivement conseillé pour le développement moteur des enfants, et pratiquer une activité physique aide aussi à se sentir bien dans sa peau. Le risque vient de la transpiration excessive. Quelques précautions suffisent :
- demander si votre enfant peut porter des leggings en coton et des T-shirts à manches longues, pour réduire son exposition à la poussière pendant les cours de sport ;
- demander au professeur d’aménager le planning afin qu’il ait le temps de se doucher et d’appliquer sa crème après l’effort ;
- éviter autant que possible les activités sportives au printemps, période des pollens.
La natation demande une organisation particulière. Votre enfant peut nager, mais il devra peut-être appliquer une couche d’émollient avant d’entrer dans le bassin, puis avoir le temps de se doucher et de renouveler son soin en sortant. Cela signifie sortir de la piscine quinze minutes plus tôt.
Le chlore est un facteur à risque important, provoquant une sécheresse rapide de la peau. Il est donc crucial que l’enfant s’occupe de sa peau durant ce laps de temps, sans stress.
Les mêmes précautions valent pour la natation en cas de dermatite atopique en général : douche avant et après la baignade, et séchage en tamponnant la peau.
Pour les sorties et les activités extrascolaires comme les classes découvertes, le printemps est également déconseillé, à évaluer selon la gravité de l’eczéma de votre enfant : les plantes, le pollen et bon nombre d’allergènes peuvent déclencher une crise en pleine nature. Autant informer l’équipe éducative, qui pourra programmer ces activités à d’autres moments de l’année. Et pourquoi ne pas partir avec lui, si c’est possible ?
Que faire si votre enfant subit des moqueries à cause de son eczéma ?
L’accompagner, et lui montrer qu’il a un allié à la maison. Dans la cour de l’école, l’enfant se retrouve face à ses camarades, qui peuvent juger les lésions, les rougeurs ou les zones de sécheresse, avoir des mots durs ou se moquer. Or l’école est déterminante dans la construction sociale, et le regard des autres enfants peut conduire à un sentiment d’exclusion dès les premières années.
Quels signaux surveiller au retour de l’école ?
Redoublez de vigilance quand il rentre. S’il s’isole dans sa chambre, s’il a mal au ventre, s’il refuse d’aller à l’école le matin : autant de signaux qui peuvent traduire un malaise en train de s’installer.

Quels mots employer pour le rassurer ?
Dites-lui, avant même la rentrée, que cette situation est inacceptable et qu’il a le droit d’être respecté. Personne n’a à le mettre à l’écart. Si cela se produit, il viendra vous en parler : rassurez-le en lui disant que vous comprenez sa tristesse. Vous pouvez aussi l’aider à laisser les moqueries sans réponse et à en reparler le soir en rentrant à la maison. Si la souffrance psychologique s’installe, l’accompagnement par un professionnel en santé mentale est une piste à envisager, pour lui comme pour vous.
Quand intervenir auprès de l’école ?
Cherchez d’abord la solution ensemble. Idéalement, laissez votre enfant régler le problème avec ses camarades : discutez avec lui et voyez ce qu’il peut leur répondre. Si les moqueries persistent, vous pourrez prévenir les parents d’élèves ainsi que l’instituteur ou le professeur.
Cette vigilance vaut aussi pour les plus grands. À l’adolescence, certains balaient les plaques d’un revers de main tandis que d’autres fuient le regard des autres et s’isolent de plus en plus. L’entrée au collège mérite donc la même attention que la première rentrée en maternelle.
Face à l’eczéma, vous êtes entourés
Avoir un enfant qui souffre d’eczéma est un combat quotidien pour améliorer sa qualité de vie et lui permettre de participer aux mêmes activités que ses copains et ses copines, malgré la maladie. En tant que parent, il est normal de se poser des questions et de chercher la bonne façon de s’y prendre.
À la rentrée scolaire et tout au long de l’année, notre association œuvre pour accompagner les familles et les personnes atteintes d’eczéma. Partout en France, elle organise des rencontres, des formations, des journées d’information et des conférences.
Vous pouvez aussi vous tourner vers l’éducation thérapeutique du patient : certains programmes ont été spécialement créés pour les enfants et les adolescents, et votre dermatologue ou votre médecin saura vous orienter. Vos autres questions trouvent également une réponse dans notre foire aux questions.
Chaque année, la rentrée est une étape importante dans la vie d’un enfant souffrant d’eczéma. Avec un peu de préparation et beaucoup de dialogue, votre enfant pourra envisager ce grand moment avec davantage de sérénité.
Et parce que l’école n’est qu’une situation parmi d’autres, retrouvez tous nos conseils pour mieux vivre l’eczéma au quotidien.
Vous souhaitez échanger avec des familles qui vivent le même quotidien que vous ? Adhérez à notre association en quelques clics et affrontez la maladie bien entourés.
