stress et eczéma

Les types de stress pouvant influencer les poussées d’eczéma

Pourquoi votre peau réagit et comment briser le cercle vicieux du stress et de l’eczéma ?

L’eczéma se manifeste par des rougeurs, des démangeaisons ou encore des lésions. Il peut apparaître sur le visage, les mains ou d’autres zones du corps. Qu’il s’agisse d’eczéma atopique ou d’eczéma de contact, cette maladie de la peau résulte de différents mécanismes. Mais qu’en est-il du stress ? Le stress joue-t-il un rôle dans l’apparition de l’eczéma ?

Certains patients voient leur eczéma flamber pendant les périodes de stress (examens, surcharge professionnelle…) ou lorsqu’ils vivent des chocs émotionnels (rupture, licenciement, deuil…). D’autres ne voient aucun lien entre période de stress et crise d’eczéma. En revanche, beaucoup de patients indiquent que l’eczéma a un impact sur leur sommeil, leur humeur, leur stress, entraînant même parfois de la dépression et de l’anxiété.

De nombreux enfants et adultes atteints d’eczéma reconnaissent une relation entre les événements stressants de leur vie et leurs poussées. La colère, la frustration, l’embarras et même un événement heureux peuvent provoquer des démangeaisons. Le grattage qui en résulte entretient la poussée, selon un véritable cercle vicieux.

Sommaire

Pour aller plus loin, retrouvez aussi tous nos conseils pour mieux vivre l’eczéma au quotidien.

Qu’est-ce que le stress ? Différence entre stress aigu et stress chronique

Le stress correspond à une réaction du corps qui doit s’adapter à une situation. C’est un travail d’adaptation face à un événement physique, psychique ou émotionnel. Concrètement, de nombreux événements peuvent entraîner une situation de stress, comme :

  • le deuil ;
  • la perte d’un emploi ;
  • une séparation ;
  • un accident ;
  • une agression ;
  • la surcharge de travail ;
  • les difficultés financières ;
  • du harcèlement ;
  • etc.

Adultes et enfants, tout le monde peut faire face à un, ou plusieurs, épisode stressant au cours de sa vie. Mais tous ne vivent pas le stress de la même manière. Au contraire, il existe différents types de stress.

Le stress aigu : court mais intense

Le stress aigu peut apparaître dans les semaines suivant une expérience traumatisante. S’il se prolonge, on parle d’état de stress post-traumatique.

Le stress chronique : durable et insidieux

Le stress chronique apparaît lorsqu’une personne est exposée de façon prolongée et répétée à une situation particulière, comme une surcharge de travail, des difficultés financières ou familiales par exemple.

Pourquoi le stress impacte la peau : le rôle clé du cortisol est il remis en question ?

Le cortisol est une hormone produite par les glandes surrénales en cas de stress aigu ou de stress chronique. Elle joue un rôle fondamental dans le fonctionnement du corps humain et plus particulièrement dans la régulation :

  • du système immunitaire ;
  • de la glycémie ;
  • de la pression artérielle ;
  • du sommeil ;
  • du métabolisme des protéines, des glucides et des lipides.

Si le cortisol est appelé l’hormone du stress, c’est parce qu’elle permet au corps de faire face à une situation stressante. Cependant, trop de stress peut dérégler des fonctions essentielles dans le corps et entraîner par exemple une prise de poids, des difficultés à dormir, un état d’épuisement. Chez les personnes au terrain atopique, ce dérèglement immunitaire favorise aussi l’inflammation cutanée.

Mais une étude publiée en mars 2026 montre que, si le cortisol reste un acteur de fond du stress et de l’inflammation, c’est une voie plus directe et plus rapide, neuronale, via les neurones Pdyn+ et la molécule CCL11. Elle pilote spécifiquement les poussées d’eczéma induites par le stress.

Des chercheurs ont en effet identifié une population spécifique de neurones sympathiques, les neurones dits Pdyn+, qui innervent directement la peau, comme acteurs clés de ce mécanisme. Lorsqu’une personne est soumise à un stress psychologique, ces neurones libèrent la molécule CCL11, qui stimule dans la peau des cellules immunitaires appelées éosinophiles.

Une fois sur place, ces éosinophiles amplifient la réaction inflammatoire et aggravent les lésions cutanées. Cette étude ouvre des pistes thérapeutiques inédites. À terme, le taux d’éosinophiles dans le sang pourrait même servir de biomarqueur pour prédire la sévérité des poussées liées au stress, et les neurones Pdyn+ constituent une cible prometteuse pour de futurs traitements.

Le stress provoque-t-il l’eczéma ou l’aggrave-t-il ?

Le stress ne peut pas déclencher un eczéma à lui tout seul. Cependant, il fait partie des facteurs aggravants qui peuvent provoquer des crises chez des personnes sujettes à l’eczéma atopique. Cela signifie qu’une personne ne peut avoir de l’eczéma après une situation de stress que si elle présente un terrain génétique et immunologique particulier : le terrain atopique.

Comprendre le terrain atopique

L’eczéma atopique, ou dermatite atopique, est une maladie inflammatoire chronique qui survient sur un terrain génétique entraînant une fragilité de la barrière cutanée et une réponse immunitaire inadaptée. En conséquence, la peau est très sèche et susceptible de déclencher des inflammations (rougeurs, vésicules, démangeaisons). La maladie évolue par crises qui peuvent être déclenchées par de multiples facteurs : agents irritants ou allergènes tels que pollens, pollution, poils d’animaux, acariens, vêtements, détergents… ou les émotions négatives comme le stress.

Les parents le savent bien : l’eczéma du bébé suit déjà ce mécanisme dès les premiers mois de vie.

« Eczéma nerveux » : pourquoi ce terme est un abus de langage

L’eczéma nerveux correspond à un abus de langage, puisque l’eczéma peut être une dermatite atopique ou un eczéma de contact, mais pas un eczéma nerveux, qui n’est pas un terme utilisé en dermatologie.

Sachez que le stress n’est jamais le seul coupable de l’eczéma : l’eczéma n’est pas dans la tête, il est sur la peau !

Les autres facteurs aggravants à connaître

Parmi les autres facteurs aggravants d’une crise d’eczéma, il faut citer :

Apprendre à gérer son stress et ses émotions peut donc limiter la fréquence et la sévérité des crises, mais ne supprime pas l’eczéma, car d’autres facteurs sont mis en cause.

Il reste primordial de traiter les crises et d’appliquer des émollients pour soigner la peau, et de limiter tous les facteurs déclencheurs.

Le cercle vicieux stress, eczéma, sommeil

Il reste néanmoins très important d’apaiser le stress et les émotions négatives quand on a de l’eczéma, pour éviter d’entrer dans un cercle vicieux : le stress aggrave l’eczéma, qui devient de plus en plus stressant (démangeaisons, sommeil perturbé), et ainsi de suite. Apaiser ses émotions permet de vivre le plus sereinement possible avec cette maladie au long cours qui peut faire vivre des montagnes russes émotionnelles. Les parents d’enfants atopiques le vivent particulièrement intensément : nous avons consacré un article complet aux nuits agitées des bébés atopiques tant le sujet est central.

Tous les types de stress influencent-ils les crises d’eczéma ?

Tous les types de stress peuvent influencer une crise d’eczéma. Qu’il s’agisse de stress aigu ou de stress chronique, il s’agit d’un véritable facteur aggravant qui peut influencer une poussée d’eczéma. Il faut tout de même apporter quelques nuances.

Les 3 stratégies d’adaptation face au stress

Tout le monde ne réagit pas de la même manière face à une situation de stress. Il existe 3 stratégies d’adaptation :

  • évitement (fuir la situation) : arrêt maladie, isolement…
  • réactions émotionnelles : colère, crises de larmes, agressivité…
  • recherche de solutions : sollicitations des collègues, des amis, recherche d’information…

Les 3 phases physiologiques du stress

Ensuite, l’impact du stress sur l’organisme dépend aussi de la durée d’exposition à la source de stress : plus elle est longue, plus les conséquences seront importantes, car il existe 3 phases dans le mécanisme physiologique du stress :

  • L’alarme : l’organisme se prépare au combat ou à la fuite. Dès sa confrontation à une situation stressante, l’organisme libère des catécholamines (dont l’adrénaline) qui augmentent la fréquence cardiaque, la tension artérielle, les niveaux de vigilance, la température corporelle… pour préparer l’organisme à réagir.
  • Si la situation persiste, l’organisme entre en phase de résistance. De nouvelles hormones, les glucocorticoïdes, sont sécrétées. Elles augmentent le taux de sucre dans le sang pour apporter l’énergie nécessaire aux muscles, au cœur et au cerveau et préparer l’organisme aux dépenses énergétiques que nécessite la réponse à la situation stressante.
  • Si la situation stressante se prolonge ou s’intensifie, l’organisme entre en phase d’épuisement. Dans ce cas, les capacités de l’organisme sont débordées et l’autorégulation des glucocorticoïdes devient inefficace. L’organisme est submergé d’hormones activatrices qui peuvent devenir mauvaises pour la santé.

On comprend donc que l’influence du stress sur la crise d’eczéma dépendra de la stratégie d’adaptation mise en place, et de la durée d’exposition à la situation stressante.

Stress, anxiété, colère, identifier ce que vous ressentez vraiment

Il est important, pour agir efficacement, de définir exactement ce que l’on ressent. Est-ce vraiment du stress ? Ou plutôt de l’anxiété, ou de la colère ? En se posant quelques questions très simples, on peut trouver des réponses.

Suis-je stressé ?

Est-ce que j’ai l’impression que je ne pourrai pas assurer tout ce que j’ai à faire dans les délais (au travail, à la maison, dans mes études) ? Si oui, il s’agit bien de stress !

Suis-je plutôt anxieux ?

Est-ce que je me sens tout le temps inquiet pour l’avenir, pour ce qu’il risque de se passer (aggravation de l’eczéma, impossibilité de trouver un travail, accident) ? Si oui, il s’agit plutôt d’anxiété.

Est-ce de l’anxiété de performance ?

Est-ce que j’ai l’impression que je dois tout faire parfaitement, que je n’ai pas droit à l’erreur (être le premier en classe, être le meilleur de votre équipe, être un parent parfait) ? Si oui, il s’agit plutôt d’anxiété de performance.

Est-ce de l’anxiété sociale ?

Est-ce que j’angoisse à l’idée de prendre la parole en groupe, de me rendre à une soirée, est-ce que j’appréhende le regard des autres ? Si oui, il s’agit plutôt d’anxiété sociale.

Est-ce plutôt de la colère ?

Est-ce que j’ai un sentiment d’injustice (« pourquoi moi ? »), je me sens souvent énervé, irritable, incompris ? Si oui, ces sentiments traduisent plutôt un état de colère.

Une fois que ce que l’on ressent est défini avec plus de précision, il est plus facile d’agir dessus en choisissant les bonnes approches. Il est possible d’ailleurs de cumuler stress et anxiété, ou stress et colère par exemple. Il faudra alors agir sur toutes les émotions identifiées.

Comment gérer le stress pour limiter les poussées d’eczéma ?

Pour limiter la survenue des crises d’eczéma, il est possible de gérer son stress au quotidien. Il s’agit d’apprendre à faire face à des situations stressantes grâce à des astuces et à des méthodes que l’on peut reproduire seul chez soi.

Les personnes atteintes d’eczéma doivent apprendre à réguler le stress, et deux concepts-clés sont impliqués :

  • faire face aux événements stressants psychologiquement de la vie ;
  • contrôler les crises de démangeaisons.

Les méthodes à pratiquer chez soi

Plusieurs pratiques aident à gérer le stress au quotidien :

  • la méditation ;
  • l’activité sportive ;
  • l’alimentation ;
  • le yoga ;
  • la sophrologie ;
  • l’art-thérapie ;
  • la relaxation ;
  • la yogathérapie ;
  • etc.

Manger équilibré et varié permet d’apporter à son corps tous les nutriments et toutes les vitamines dont il a besoin. De même, pratiquer une activité physique régulière permet de diminuer le stress et l’anxiété grâce à la production, entre autres, d’endorphines. Un point d’attention pour les personnes atopiques : la sueur peut irriter la peau. Mieux vaut donc privilégier des activités modérées, des vêtements adaptés, et une douche tiède juste après l’effort.

L’idée n’est pas forcément de pratiquer pendant des heures. Trouver ne serait-ce qu’une heure ou deux par semaine pour se retrouver et oublier ce qui peut vous préoccuper, c’est déjà beaucoup. C’est souvent là que la peau commence à respirer.

L’Association Française de l’Eczéma propose d’ailleurs régulièrement des ateliers de sophrologie en visio, accessibles aux adhérents. Vous pouvez aussi écouter notre podcast pour découvrir des témoignages et des conseils d’experts qui aident à mieux vivre la maladie au quotidien.

Retrouver un sommeil de qualité

Il est aussi important de retrouver un bon sommeil pour récupérer de vos courtes nuits. La qualité du sommeil est primordiale pour retrouver un sentiment de bien-être. Votre peau également vous remerciera.

Quand et pourquoi consulter un professionnel

Face à une situation stressante ou traumatisante, il ne faut pas non plus hésiter à aller voir un spécialiste. Parler de son vécu et verbaliser ses émotions est essentiel pour surmonter un traumatisme psychologique.

Vous pouvez ainsi être suivi par un psychologue. Ce moment peut vous permettre de mettre des mots sur des pensées, des idées qui vous trottent régulièrement dans la tête, afin de trouver vos facteurs stressants. Ces facteurs peuvent changer tout au long de votre vie. Un suivi pourra aussi permettre d’identifier ses propres stratégies d’adaptation, et de les modifier si elles sont inadaptées.

Il peut parfois être utile de passer par une psychothérapie pour comprendre et apaiser la colère ou l’anxiété (que ce soit une anxiété généralisée, une anxiété de performance ou une anxiété sociale).

Si l’eczéma est aggravé par les périodes de stress (sentiment d’être débordé), il peut être utile de faire appel à un coach qui peut vous aider à mieux organiser votre temps et vos priorités, pour diminuer votre stress et avoir enfin du temps pour vous.

Et bien sûr, le suivi avec un dermatologue reste central pour la peau elle-même. Si l’eczéma s’invite sur le visage, nos conseils pour nettoyer son visage avec une peau atopique sensible peuvent compléter votre routine.

Modifier un environnement durablement stressant

Enfin, si votre environnement est stressant, au travail par exemple, rechercher des solutions pour modifier cet environnement (en dialoguant avec ses collègues ou supérieurs, ou avec l’aide de la médecine du travail) peut vous permettre d’éviter d’entrer en phase d’épuisement.

Vous n’êtes pas seul face à l’eczéma

Parmi les réactions du corps se trouve la libération de l’hormone du stress, le cortisol. À son tour, le stress peut aggraver une poussée d’eczéma. Ce cercle vicieux peut être brisé en étudiant le fonctionnement de son corps, en lui donnant les moyens de lutter contre le stress et en apprenant comment faire face à une situation angoissante.

Vous n’êtes pas seul face à cette équation. Quatre millions de Français vivent avec l’eczéma, et beaucoup partagent ces mêmes questions. En parler, échanger, trouver des outils ensemble change profondément la donne.

Rejoignez l’Association Française de l’Eczéma pour participer à nos ateliers sophrologie, accéder à nos ressources, et ne plus vivre seul face à la maladie.