savon saponifié à froid pour peau atopique

Quel savon et quel pH choisir en cas d’eczéma ?

Un savon mal choisi peut suffire à déclencher une poussée d’eczéma. C’est tout le paradoxe de l’hygiène quand on a la peau atopique : le geste censé nettoyer peut aussi assécher, fragiliser la barrière cutanée et raviver les démangeaisons. Une simple douche, un lavage de mains répété, et la peau tiraille de nouveau.

Beaucoup de personnes atteintes d’eczéma changent dix fois de produit sans comprendre pourquoi rien ne soulage : très souvent, le problème vient du savon lui-même.

Savon de Marseille, savon surgras, savon saponifié à froid, gel douche, pain dermatologique ou savon au pH neutre : devant le rayon, difficile de savoir lequel respecte vraiment une peau sujette à l’eczéma. Faire le bon choix n’est pas une option, mais une véritable nécessité pour protéger sa peau et limiter les crises.

Comment différencier ces nettoyants ? Quel est le rôle du pH dans un savon ? Lequel respecte vraiment la barrière cutanée d’une peau qui démange ? Que vous soyez concerné par l’eczéma ou que vous accompagniez un proche, voici toutes les réponses aux questions que vous vous posez.

Sommaire

Savon classique ou sans savon, une histoire de pH

Le savon est un produit nettoyant préparé par saponification : une réaction au cours de laquelle sont mélangés des corps gras, comme des beurres, des graisses ou des huiles, et des agents alcalins, comme de la soude. Du fait de la présence de ces agents, le pH des savons est plutôt alcalin.

Le savon sans savon regroupe les produits nettoyants qui ne sont pas issus de la saponification, mais qui sont un mélange d’agents tensioactifs. Ils peuvent donc être formulés de façon à ce que le pH final soit neutre pour la peau, ou adapté au pH de la peau. C’est cette différence de fabrication, on va le voir, qui change tout pour une peau atopique.

Le pH, ce détail qui peut déclencher une poussée d’eczéma

Abréviation de potentiel hydrogène, le pH permet de mesurer l’acidité ou l’alcalinité d’une solution. Il est mesuré sur une échelle allant de 0 à 14. Il faut retenir trois éléments, à savoir :

  • entre 0 et 6, la solution est dite acide ;
  • à 7, la solution est dite neutre ;
  • entre 8 et 14, la solution est dite alcaline ou basique.

Ainsi, une eau pure est neutre, son pH est donc de 7.

Mais quel est le rapport avec la peau et la dermatite atopique ? La réponse est double, car elle concerne aussi bien le niveau de pH que le choix du savon.

En effet, la peau a un pH compris entre 4,5 et 5,7. Elle est donc plus acide qu’alcaline. La peau assume une fonction de barrière cutanée grâce, notamment, au pH : elle se protège des bactéries et des agressions externes, et elle maintient un environnement acide optimal pour le microbiote cutané. Mais si le pH de la peau est déséquilibré, c’est toute la fonction de barrière cutanée qui se retrouve perturbée, la peau peut alors s’assécher, s’irriter, et les démangeaisons reprendre.

Or, le choix du savon peut déstabiliser et déséquilibrer le pH.

Les personnes atteintes de dermatite atopique présentent une altération de la barrière cutanée. Pour la protéger, il leur est indispensable de bien choisir leur savon. C’est encore plus vrai pour les peaux fines et très exposées, comme dans l’eczéma du visage. Voici un tour d’horizon des différents produits disponibles dans le commerce afin de vous aider à faire le meilleur choix.

Les savons classiques, trop alcalins pour une peau atopique

Les savons traditionnels présentent un pH situé autour de 10. Il est très éloigné du pH de la peau et peut donc rapidement le déséquilibrer, causer des irritations, des allergies, des sécheresses, des tiraillements, etc. Il s’agit de savons classiques que l’on retrouve dans tous les commerces, dont les deux plus connus sont :

  • le savon de Marseille et son pH situé entre 10 et 11 ;
  • le savon d’Alep et son pH situé entre 9 et 10.

Ces pH alcalins rendent ces savons très intéressants pour leurs propriétés détergentes, nettoyantes ou désinfectantes, mais sont totalement déconseillés aux personnes qui ont de l’eczéma ou une peau atopique !

Ils peuvent endommager la barrière cutanée et créer des irritations, ils sont donc à proscrire quand on a la peau fragile. C’est particulièrement net sur les zones soumises à des lavages répétés, comme dans l’eczéma des mains, ou sur les peaux délicates des tout-petits concernées par l’eczéma du bébé, où le moindre nettoyant trop décapant peut relancer une poussée.

Savons sans savon ou syndets, parfois appelés « savons pH neutre »

Un nettoyant au pH neutre a un pH se rapprochant de celui de la peau, appelé parfois « pH équilibré ». En règle générale, l’indication « pH neutre » est indiquée sur l’emballage, qu’il s’agisse d’un pain, d’un gel douche ou d’un savon liquide. Il est donc moins agressif que les précédents savons que nous avons évoqués.

Un savon au pH neutre est un savon sans savon doux pour la peau qui respecte le pH de la peau. « Savon sans savon » signifie qu’il s’agit d’un produit qui n’est pas issu de la saponification.

C’est un pain dermatologique ou un syndet, contraction de « synthetic detergent ». Le syndet contient donc des détergents synthétiques. Ce sont des mélanges de tensioactifs synthétiques choisis pour être les plus doux possible pour la peau, mais les risques d’allergie ne sont pas inexistants.

Les syndets existent sous forme solide (pains dermatologiques), mais aussi sous forme liquide : on les trouve dans le commerce sous forme de gels lavants, gels surgras, crèmes lavantes, etc…

Ces syndets sont les produits nettoyants plébiscités par les dermatologues pour l’hygiène des peaux atopiques sujettes à l’eczéma : ils sont neutres, sans parfum, et respectent la barrière cutanée. Souvent enrichis en agent surgras, ils garantissent un confort optimal aux peaux atopiques, du visage au corps en passant par les mains.

Mais leur composition synthétique ne fait pas l’unanimité. Sachez qu’il existe des pains dermatologiques sans savon bio contenant des tensioactifs issus de produits naturels, comme par exemple le sodium coco-sulfate, obtenu à partir d’acides gras issus de la noix de coco. Il fait partie des tensioactifs autorisés dans la cosmétique bio.

Les huiles lavantes : encore plus de douceur pour les peaux atopiques

La principale différence entre syndet et huile lavante, est la composante principale du nettoyant : le syndet a une base principalement aqueuse, alors que l’huile lavante a une base principalement huileuse, ce qui la rend particulièrement recommandée quand la peau est très sèche, ou en poussée, car elle prend soin de la barrière cutanée tout en nettoyant efficacement.

Tout comme les syndets, les huiles lavantes sont formulées pour avoir un pH neutre pour la peau. Les deux ne s’opposent pas : on peut très bien alterner syndet et huile lavante selon les besoins du moment.

On applique l’huile lavante sur peau sèche, puis on ajoute un peu d’eau : elle se transforme alors en un lait facile à rincer, en laissant un léger film protecteur sur la peau, qui aide à limiter la déshydratation et à protéger la barrière cutanée fragile.

L’huile lavante ne mousse pas, ou très peu. Ce n’est pas un problème, au contraire, une mousse abondante est souvent le signe d’un nettoyant qui agresse un peu plus la peau.

Le savon saponifié à froid, l’option naturelle bio

Il faut savoir que les savons sont produits à l’aide de deux méthodes différentes, à savoir :

  • la saponification à chaud (procédé industriel le plus courant) ;
  • la saponification à froid.

Dans l’industrie du savon, c’est la saponification à chaud qui est utilisée. Les industriels chauffent la pâte à savon jusqu’à 120 °C environ, permettant d’accélérer la réaction chimique qui est normalement assez lente. Le savon est ensuite séparé de sa glycérine qui est vendue à d’autres industriels (pour être incorporée dans des cosmétiques par exemple).

Avec la saponification à froid, on ne chauffe pas la pâte à savon. On laisse la réaction chimique se faire à température ambiante, ce qui prend plusieurs jours. Cela permet de conserver la glycérine, aussi appelée glycérol, ainsi que les vitamines et les acides gras intacts. Comme par exemple les vitamines A et E des huiles végétales, aux propriétés anti-oxydantes et protectrices. La glycérine présente des vertus hydratantes très importantes qui renforcent la barrière cutanée. Il faut savoir que lors de la saponification à chaud, la glycérine est retirée des produits par les industriels, qui la revendent à l’industrie cosmétique.

Les savons saponifiés à froid sont le plus souvent fabriqués par des artisans savonniers. Ils les fabriquent en petite quantité et avec une forte éthique environnementale. Les savons ne contiennent ni conservateurs, ni parfums, ni colorants de synthèse. Les artisans utilisent des matières premières nobles, le plus souvent végétales et bio (huile d’olive, huile de tournesol, huile de noix de coco, beurre de karité, beurre de cacao, argiles, poudre de cacao, huiles essentielles, etc.).

Le savon saponifié à froid n’a pas un pH neutre en règle générale, il reste plutôt alcalin, comme tous les savons. Mais les procédés de saponification intègrent la plupart du temps un excès d’agents surgras (huiles végétales, beurres, cires), et moins de soude. Avec en plus la conservation de la glycérine, ils sont très gras et hydratants, ce qui peut compenser un pH légèrement alcalin (autour de 8).

De plus, les savons saponifiés à froid ne présentent pas de conservateur ni de produit de synthèse. Et ils conservent toutes les vertus des huiles (notamment les vitamines) et des beurres utilisés lors de leur fabrication.

Pour toutes ces raisons, les savons saponifiés à froid, à condition d’être choisis surgras et sans huiles essentielles (potentiellement irritantes ou allergisantes), peuvent être une alternative aux syndets pour les personnes qui préfèrent les produits 100 % naturels et éco-responsables.

Ils sont appréciés par de nombreux patients atteints de dermatite atopique, et commencent à être mentionnés par certains dermatologues pour l’hygiène des peaux atopiques.

Les savons saponifiés à froid sont-ils bons pour ma peau atopique ?

L’hygiène des peaux atopiques nécessite l’utilisation de produits surgras qui vont contribuer à reconstituer le film hydro-lipidique de la peau.

Or les savons saponifiés à froid, en plus des effets hydratants et émollients apportés par la glycérine, sont la plupart du temps « surgras ». Ils sont en effet formulés avec un excès d’huile végétale par rapport à la base alcaline. Et à la fin de la réaction, cet excès reste en suspension dans le savon pour le plus grand bonheur des peaux atopiques. Elles bénéficieront de leurs vitamines et de leurs qualités nourrissantes et protectrices de la barrière cutanée.

Par ailleurs, ils ne contiennent aucun parfum, conservateur ou colorant de synthèse potentiellement allergènes.

Pour minimiser encore les risques d’allergie, choisissez-les sans huiles essentielles. La plupart des fabricants proposent des savons pour peaux sensibles formulés uniquement à base d’huiles et de beurres végétaux.

Cependant, comme tous les savons, le pH du savon saponifié à froid est supérieur au pH de la peau, ce qui peut être irritant ou asséchant pour des peaux atopiques à la barrière cutanée fragile.

Les produits nettoyants plébiscités par les dermatologues restent les syndets, c’est-à-dire les savons sans savon (formulés avec des détergents synthétiques) au pH neutre pour la peau, pour minimiser le risque d’altérer la barrière cutanée et d’irriter la peau.

Acheter un savon saponifié à froid sans se tromper

Si les savons saponifiés à froid ne contiennent donc la plupart du temps ni conservateurs, ni parfums, ni colorants de synthèse, il faut tout de même rester vigilant à l’achat et bien lire les étiquettes. Certains, s’ils ne sont pas fabriqués dans les règles de l’art, peuvent comporter des additifs de synthèse. N’hésitez donc pas à vous renseigner sur la composition pour vérifier la qualité du produit. Vérifiez également que la date de fabrication est bien mentionnée.

Un bon savonnier vous indiquera en général qu’un savon saponifié à froid ne doit pas être utilisé moins d’un mois après sa fabrication (ce délai permettant de s’assurer que toute la soude a bien été transformée).

Puis-je fabriquer mon savon moi-même ?

De nombreuses recettes DIY pour les savons saponifiés à froid circulent sur Internet. Mais attention, on ne s’improvise pas savonnier !

La réaction de saponification est ce qu’on appelle en chimie une « réaction totale ». Ce qui veut dire qu’elle perdure jusqu’à ce qu’un des ingrédients (l’huile ou la soude) vienne à manquer. Pour qu’un savon puisse être utilisé, il faut qu’il ne contienne plus aucune trace de soude, qui est irritante et corrosive pour la peau et les yeux. C’est pourquoi ils sont fabriqués avec un surplus d’huile qui garantit que toute la soude sera utilisée.

Alors avant de se lancer dans la fabrication de votre savon, il vaut mieux se former sérieusement. Notamment pour savoir quelles proportions exactes d’huile et de soude utiliser, comment mesurer le pH (pour vérifier qu’il n’y a pas d’excès de soude) ou déterminer le niveau de surgraissage du savon.

Il faut également penser à bien respecter 4 semaines de séchage durant lesquelles la chimie se stabilise. Le respect de ce délai permet de s’assurer que toute la soude a bien réagi et n’est plus présente telle quelle dans le savon.

Alors, quel savon choisir pour son eczéma ?

Quand on a de l’eczéma ou une peau atopique, les savons classiques (Marseille, Alep) au pH trop alcalin sont à proscrire. Les syndets (savons sans savon) ou les huiles lavantes restent la valeur sûre recommandée par les dermatologues, mais les savons saponifiés à froid, choisis surgras et sans huiles essentielles, constituent une alternative naturelle et éco-responsable qui peut être bien tolérée par les peaux atopiques.

Dans tous les cas, si le savon que vous utilisez n’est pas fait pour vous, il se peut que des boutons apparaissent, que vous vous démangiez ou que votre peau soit anormalement sèche. Tous ces signes pointent vers un savon qui agresse votre peau. Si c’est le cas, testez un autre savon.

Et parce que le choix du nettoyant n’est qu’une pièce du puzzle, retrouvez tous nos conseils pour mieux vivre l’eczéma au quotidien.