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Les nouveaux traitements de la Dermatite Atopique

Des nouveaux traitements prometteurs sont en cours de développement dans la dermatite atopique (DA). Le Pr Jean-David Bouaziz, dermatologue à l’hôpital Saint-Louis, nous aide à faire le point.

Parlons des nouveaux traitements à venir pour lutter contre la dermatite atopique. Jusqu’à présent, les traitements allopathiques afin de contrer l’inflammation cutanée à l’origine des rougeurs, du suintement de la peau et des démangeaisons se résumaient à 2 molécules :

1/ Un très vieux anti-inflammatoire (la cortisone) qui pouvait être utilisé en crème (dermocorticoïdes) ou par la bouche (prednisone ou medrol) ;

2/ Un anti-inflammatoire un peu moins ancien mais qui a été utilisé au départ chez des patients greffés d’organe solide (rein et foie) afin de prévenir le rejet de ces greffes. Il s’agit de la ciclosporine, et de son cousin de la même famille le tacrolimus, qui sont respectivement utilisés par voie orale (cicloporine par la bouche en comprimés) et par voie topique (tacrolimus en crème). Les deux étant utilisés dans le traitement de la DA. Ces médicaments en crème ou donnés par la bouche sont efficaces et restent le fer de lance du traitement de l’eczéma. Mais leur utilisation en grande quantité peut être à l’origine d’intolérance pour le patient, notamment une atrophie de la peau pour les corticoïdes en crème, un risque d’hyperpilosité, d’hypertension artérielle ou d’affaiblissement de la fonction du rein pour la ciclosporine par la bouche et parfois des irritations pour le tacrolimus en crème. Les effets secondaires de ces 3 médicaments sont liés au fait qu’il s’agit d’anti-inflammatoires généraux qui agissent sur toute forme d’inflammation du système immunitaire et non pas uniquement sur l’inflammation qui caractérise la dermatite atopique. En médecine, les anti-inflammatoires plus ciblés sont souvent mieux tolérés par le patient et comme ils ciblent le cœur de l’inflammation de la maladie. Ils sont parfois aussi plus efficaces.

Quid des nouveaux traitements pour combattre l’eczéma ?

Pr Jean-David Bouaziz traitement futurs dermatite atopique

Pour pouvoir parler des nouveaux traitements en cours de développement dans la dermatite atopique, il faut un peu revenir aux mécanismes qui sont responsables de cette affection. La peau d’un patient atopique est plus perméable aux allergènes de l’environnement, et en dehors de la crème hydratante (émollients) il n’existe pas encore de traitements fiables ou en développement avancé qui permettraient de restaurer la barrière cutanée. Ces allergènes qui pénètrent plus facilement génèrent une inflammation qui a une signature moléculaire particulière que nous pouvons appeler inflammation atopique, encore appelée inflammation de l’allergie ou inflammation Th2. Ce type d’inflammation est commun à la DA, et aux autres maladies atopiques comme l’asthme et la rhinite allergique. Voilà pourquoi les médicaments qui sont en développement pour le traitement de la dermatite atopique et de l’eczéma, le sont aussi pour la plupart en développement pour les autres maladies atopiques. Les médicaments en développement sont des médicaments en crème ou par voie orale, des médicaments classiques dits pharmacologiques (notamment les inihibiteurs des molécules JAK ou JAK-inib) et des médicaments biologiques la plupart des anticorps qui ciblent une molécule de l’inflammation atopique (ces anticorps ont un nom qui finissent en -mab car en anglais -mab = monoclonal antibody ou anticorps monoclonal). Je vous ai mis ci infra un listing non exhaustif des molécules qui représentent un avenir potentiel fort pour le traitement de la DA :

En crème :

  • Des inhibiteurs de PDE4, le crisaborole qui sont sur le marché des USA mais n’ont pas été reconnus comme suffisamment efficaces pour être approuvés par les autorités françaises
  • Des inhibiteurs de JAK qui semblent efficaces et bien tolérés (tofacitinib, ruxolitinb, cerdulatinib) et qui ont l’avantage de ne pas créer d’atrophie cutanée comme la cortisone en crème
  • Des activateurs des récepteurs aux goudrons (AhR) qui semblent avoir des propriétés anti-inflammatoires intéressantes

En médicament par voie orale :

Ce sont essentiellement des médicaments pharmacologiques qui inhibent les molécules JAK (baricitinib, upadacitinib, abrocitinib) : ils semblent très efficaces et bien tolérés.

En injection sous cutanée :

Ce sont essentiellement des anticorps monoclonaux (les -mab) qui ciblent des molécules clés de l’inflammation atopique : le dupilumab (qui cible les molécules IL-13 et IL-4), efficace et bien toléré qui sera disponible en pharmacie en 2019, les anticorps qui ciblent la molécule IL-13 (tralokinumab et lebrikizumab), le fezakinumab qui cible lIL-22 et le tezepekumab qui cible la TSLP.

 

Il est important de savoir que toutes ces molécules ne seront pas efficaces chez tous les patients et que à l’avenir il sera nécessaire d’avoir plusieurs médicaments afin de pouvoir proposer un arsenal thérapeutique varié aux patients du futur. Voilà pourquoi les hôpitaux qui s’occupent de patients de DA participent aux essais cliniques des nouvelles molécules à l’essai qui feront les traitements de demain.

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