Les premiers rayons de soleil arrivent et la question revient chaque année : le soleil va-t-il aggraver mon eczéma, ou vais-je enfin avoir la paix ? La réponse, c’est que les deux sont possibles. Le soleil peut à la fois être bénéfique et dangereux lorsque l’on souffre de dermatite atopique. Tout dépend des personnes et de la façon dont on s’expose.
On fait le point sur les bienfaits, les risques et les bons réflexes à adopter.
Sommaire
Le soleil aggrave-t-il vraiment l’eczéma
Pourquoi certaines peaux atopiques vont mieux l’été ?
Certaines personnes qui souffrent de maladies de la peau, comme la dermatite atopique, constatent une amélioration de leur état au soleil.
Une exposition raisonnable permet de diminuer l’apparition des symptômes. Le soleil favorise la synthèse de la vitamine D, indispensable à l’organisme car elle participe à réguler et renforcer le système immunitaire ainsi que la fonction de barrière cutanée de la peau.
Il libère aussi des hormones du bonheur : les endorphines et la sérotonine, qui diminuent le stress, lequel peut parfois aggraver les signes de la dermatite atopique.
La chaleur et la transpiration peuvent déclencher une poussée d’eczéma
Mais d’autres vivent exactement l’inverse. Une étude américaine publiée en janvier 2021 dans The Journal of Dermatology a démontré qu’un tiers des enfants atteints d’eczéma atopique sévère ont signalé des poussées inflammatoires au printemps et en été, dues à l’augmentation des pollens. À cela s’ajoute la transpiration, irritante pour la peau, ainsi que la chaleur qui favorise la perte d’eau par évaporation et entraîne davantage de sécheresse et de démangeaisons.
Enfin, ce que l’on prend parfois pour une aggravation de l’eczéma peut en réalité être une lucite estivale, une réaction immunitaire au soleil. Chaque personne a une peau unique qui réagit différemment.
Les bienfaits du soleil sur l’eczéma atopique
La vitamine D renforce la barrière cutanée des peaux atopiques
On ne sait pas encore exactement pourquoi la lumière du soleil aide à soulager la dermatite atopique, mais certains scientifiques pensent que la vitamine D joue un rôle central.
Selon une étude publiée dans le Journal of Clinical Medicine, au contact du soleil, la vitamine D augmenterait la production de cathélicidines, des antibiotiques naturels qui aident à lutter contre la colonisation des peaux eczémateuses par le Staphylococcus aureus, une bactérie pouvant être responsable du maintien de l’eczéma et de sa surinfection.
Elle favoriserait également une bonne synthèse des protéines nécessaires à la fonction de barrière cutanée. Or l’eczéma atopique est principalement dû à une mauvaise barrière cutanée, qui assèche la peau et la rend plus vulnérable aux agressions extérieures. Des suppléments de vitamine D peuvent renforcer cet effet en cas de carence nutritionnelle. Certains aliments sont plus riches que d’autres en vitamine D et des compléments alimentaires peuvent être prescrits, mais la principale source reste le soleil.
La photothérapie UVB traite les formes sévères de dermatite atopique
Le soleil représente un véritable atout pour les maladies cutanées, y compris l’eczéma atopique, à tel point qu’un traitement à base de rayons ultraviolets est proposé à certains patients : la photothérapie.
Les UV (surtout UVB) réduisent localement l’activité des cellules immunitaires dans la peau, notamment les lymphocytes T et les cellules de Langerhans, qui jouent un rôle central dans l’inflammation caractéristique de la dermatite atopique.
Ce traitement par photothérapie est bénéfique pour les formes d’eczéma chroniques et soulage les poussées aiguës. Il est réalisé dans un cabinet de dermatologie et est adapté à chaque personne. Ce traitement est utilisé pour différentes maladies de la peau, comme :
- le psoriasis ;
- le vitiligo ;
- la lucite ;
- la dermatite atopique ;
- etc.
Une étude anglaise publiée dans The British Journal of Dermatology, portant sur les effets de la photothérapie sur des enfants souffrant d’eczéma, confirme ces effets bénéfiques : le traitement à base d’ultraviolets B à bande étroite réduit les signes d’eczéma de 61 % chez les enfants atteints.
La photothérapie doit être limitée dans le temps pour ne pas exposer le patient à un risque de cancers cutanés à long terme, surtout s’il s’agit d’un enfant. En France, elle n’est d’ailleurs proposée le plus souvent qu’à partir de l’adolescence, pour des formes d’eczéma difficiles à traiter.
Les risques du soleil sur une peau atopique
Les dangers des rayons UV sur la peau atopique
Le soleil émet de la lumière, de la chaleur et des ultraviolets (UV). Il existe trois types de rayonnements UV :
- les UVC, filtrés par l’atmosphère ;
- les UVB, en grande partie filtrés par l’atmosphère ;
- les UVA, qui correspondent à 95 % du rayonnement UV qui touche la population.
Les UVC sont les plus dangereux, mais ils sont retenus par la couche d’ozone. Les UVB pénètrent la couche protectrice de l’épiderme, tandis que les UVA pénètrent le derme.
Une exposition inappropriée peut causer des coups de soleil, des brûlures, un vieillissement cutané ou des cancers. Il est indispensable de ne pas prolonger son exposition, d’éviter le soleil entre 12 h et 16 h, et d’appliquer une protection solaire. Des lunettes de soleil et un chapeau à bords larges sont des alliés incontournables.
La transpiration déclenche des crises d’eczéma
Au soleil, on transpire davantage. Or la transpiration est irritante pour la peau, notamment à cause de sa teneur en sodium et autres composés comme l’urée et l’acide lactique.
Pour éviter de trop transpirer et limiter l’apparition des signes de l’eczéma atopique, il est recommandé de choisir des vêtements amples confectionnés dans des matières naturelles comme le lin ou le coton. C’est aussi valable pour l’eczéma des mains, très exposées à la transpiration en été.
La chaleur aggrave la sécheresse cutanée atopique
La chaleur favorise l’évaporation de l’eau par la peau. Or les personnes souffrant de dermatite atopique ont déjà tendance à laisser beaucoup plus d’eau s’évaporer, et présentent donc une très grande sécheresse cutanée. Le soleil peut accentuer ce phénomène et aggraver les signes de l’eczéma. Pour limiter cela, il est conseillé de poursuivre l’hydratation de sa peau, y compris en cas de forte chaleur : appliquer un soin émollient, puis une protection solaire en cas d’exposition.
Différentes textures d’émollients sont disponibles selon la saison : en été, on privilégie une texture lait, fluide et légère ; en hiver, on préfère les textures baumes, plus riches et plus épaisses.
La lucite estivale se confond souvent avec une poussée d’eczéma
Ce que l’on prend parfois pour une aggravation de l’eczéma peut être en réalité une lucite estivale : une réaction immunitaire au soleil. Si vous avez un doute, c’est le bon moment pour consulter. Notre page sur l’eczéma de contact peut aussi vous aider à identifier d’autres réactions cutanées à ne pas confondre.
Quelle crème solaire choisir avec un eczéma ou une peau atopique
Choisir le bon indice SPF pour une peau atopique
Pour être bien protégé des rayons ultraviolets, il faut choisir une crème solaire indice 50, surtout pour les premières expositions. On ne descend jamais en dessous d’un indice 30. Renouvelez l’application régulièrement et après chaque baignade.
Les ingrédients à éviter dans une crème solaire
Il est conseillé de choisir des crèmes solaires alliant filtres minéraux et filtres organiques, qui allient efficacité, stabilité et tolérance pour protéger la peau du soleil. Évitez les crèmes qui contiennent des parfums et de l’alcool, afin de minimiser les risques d’allergies et d’irritations.
Comment profiter du soleil avec un eczéma
Les horaires et vêtements adaptés à la peau atopique
Ne vous exposez jamais aux heures les plus chaudes (entre 12 h et 16 h), et commencez par des expositions courtes que vous pourrez prolonger progressivement. Optez pour des vêtements amples dans lesquels vous ne transpirez pas, en coton ou en lin. Un chapeau à larges bords et des lunettes de soleil sont indispensables.
Pour les lunettes, privilégiez les montures plutôt couvrantes sur les côtés afin de limiter le passage des rayons et de protéger vos yeux des réverbérations du soleil sur le sable ou l’eau, surtout si vous souffrez d’eczéma autour des yeux.
À noter : même sous un parasol, vous n’êtes pas protégé à 100 %. Ce dernier ne filtre qu’une partie des rayons. Même sous abri, lunettes de soleil et crème solaire restent obligatoires.
Émollient et crème solaire en été, dans le bon ordre
L’émollient doit être appliqué quotidiennement, été comme hiver, mais adapté à la saison. En été, préférez les laits et les émulsions, textures légères et fluides. La règle d’application reste la même : émollient en premier, crème solaire par-dessus. Jamais dans l’autre sens. La crème solaire doit être appliquée toutes les 2 heures pendant la durée de l’exposition solaire.
Les bons réflexes avant et après la baignade avec un eczéma
Avant la baignade, appliquez un soin émollient puis la protection solaire. De retour à la maison, rincez-vous à l’eau claire dans la douche après votre plongée en mer ou en piscine, deux environnements qui assèchent la peau, puis réappliquez votre émollient. Et même si vous ne vous êtes pas baigné, une douche est nécessaire pour éliminer le produit solaire appliqué dans la journée. Si vous avez des plaques actives sur les mains, consultez nos conseils spécifiques pour l’eczéma des mains avant de plonger.
Les 7 réflexes pour profiter du soleil avec un eczéma
- Éviter l’exposition entre 12 h et 16 h, et commencer par des expositions courtes.
- Appliquer une crème solaire indice 50 (minimum indice 30), sans parfum ni alcool.
- Renouveler la crème régulièrement et après chaque baignade.
- Continuer l’émollient quotidiennement, en texture lait ou fluide l’été.
- Porter des vêtements amples en coton ou en lin, un chapeau à larges bords.
- Se rincer à l’eau claire après chaque baignade, puis réappliquer l’émollient.
- Ne pas compter uniquement sur l’ombre : crème et lunettes restent obligatoires même sous un parasol.
Profiter du soleil avec un eczéma, ça s’apprend
Le soleil peut vraiment faire du bien à une peau atopique, à condition de savoir comment s’y prendre. Choisir la bonne crème solaire, maintenir son émollient, éviter les heures à risque : ces réflexes changent vraiment le quotidien en été.
Et si vous avez des doutes sur votre traitement ou sur la façon de gérer vos poussées, vous n’avez pas à chercher les réponses seul. L’association rassemble des milliers de personnes qui vivent avec l’eczéma et partagent leur expérience au quotidien.
