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dermatite atopique et pollution

La pollution atmosphérique et développement de la dermatite atopique

Quel est le lien entre pollution atmosphérique et développement de la dermatite atopique. Le Pr Delphine Staumont, continue de nous expliquer ces difficultés.

Est-ce que la pollution atmosphérique peut favoriser le développement de la dermatite atopique lors de l’exposition pendant la grossesse ou dans les premières années de vie ?

Des études de cohorte ont montré que l’exposition périnatale (pendant la grossesse et pendant les premières années de vie) à des polluants atmosphériques tels que la fumée de tabac, les composés organiques volatils (notamment les formaldéhydes), les particules fines et le dioxyde d’azote (polluants liés au trafic) était significativement associée à un risque accru de développer une DA, en particulier chez les enfants prédisposés, issus de parents eux-mêmes atopiques. Plusieurs études robustes ont montré une association significative entre l’exposition aux polluants émis par le trafic et la présence d’une DA chez les enfants, quel que soit le sexe et le pays (une étude taïwanaise menée chez plus de 300 000 enfants (Lee et al, J Invest Dermatol 2008), une étude française ayant porté sur près de 5000 enfants (Pénard-Morant C et al, Eur Respir J 2010), et une étude américaine ayant porté sur un peu plus de 90 000 enfants (Kathuria et al, Pediatr Allergy Immunol 2016)). L’étude d’une cohorte allemande de nouveau-nés a montré que le risque de développer une DA dans les six premières années de vie était significativement plus important chez les enfants habitant dans une zone résidentielle située à proximité d’un axe routier principal (Morgenster V et al, Am J Respir Crit Care Med 2008).

La pollution domestique pourrait aussi contribuer au développement de la DA chez certains enfants prédisposés. En effet, une autre étude de cohorte de nouveaux-nés menée en Allemagne a montré une association entre la prévalence de la DA chez les enfants et la notion de travaux de rénovation effectués dans la maison (peintures, réfection de sols, achat de nouveaux meubles) avant leur naissance et pendant leurs premières années de vie. Le rôle des composés organiques volatils tels que les formaldéhydes étaient suggérés dans cette étude (Herbarth O et al, Int J Hyg Environ Health 2006). Une étude sud-coréenne a également montré que le fait de déménager dans une maison neuve ou récemment rénovée durant la première année de vie augmentait le risque de développer une DA chez les enfants en école primaire ou au collège. Cette augmentation du risque était également liée à la présence de composés organiques volatils. Cette étude était complétée par une analyse des interactions gènes-environnement qui révélaient que les enfants possédant des gènes de prédisposition à la DA étaient davantage sensibles à l’exposition à ces polluants atmosphériques domestiques (Lee JH et al, Asia Pac Allergy 2012). Une étude cas-contrôle menée en Suède a montré que le risque de développement d’une DA chez les enfants était accru en cas de ventilation insuffisante du domicile, en particulier de la chambre à coucher (Bornehag CG et al, Indoor Air 2005), justifiant la recommandation d’une aération régulière préventive de l’habitat.

Quels sont les mécanismes expliquant le rôle délétère de ces polluants sur la peau ?

Les mécanismes physiopathologiques sous-tendant le rôle délétère de ces facteurs ne sont pas complétement élucidés. Il est établi que ces polluants sont capables d’aggraver directement les altérations de la barrière cutanée déjà présentes chez les patients atteints de DA, en induisant un stress oxydatif au niveau de la couche cornée. Cet effet est lié au contact direct des polluants atmosphériques sur la peau. De plus, certains polluants peuvent traverser l’épiderme, être métabolisés et pénétrer dans la circulation sanguine via les vaisseaux du derme, où ils pourront avoir une effet pro-inflammatoire systémique. Certains polluants, comme les composés organiques volatiles, peuvent contribuer à la dérégulation de la réponse immunitaire vers un profil de type 2, caractéristique de la physiopathologie de la DA.

En cas d’exposition prénatale, certains polluants, notamment la fumée de cigarette, pourraient même participer à la dérégulation de la réponse immunitaire qui favorisera ensuite le développement de la DA chez les sujets prédisposés, en agissant directement sur la régulation des gènes codant pour des protéines impliquées dans la réponse immunitaire (mécanisme appelé régulation épigénétique) (Kangmo Aet al, JACI 2014).

En revanche, l’impact sur la peau des polluants atmosphériques inhalés ou ingérés reste très peu étudié.

Quelles sont les questions qui restent en suspens ?

Il reste à savoir quel type précis de polluant est davantage impliqué dans l’aggravation des formes d’eczéma de la peau, car le sujet est souvent exposé à un mélange de polluants et non à un seul en particulier. De plus, différents polluants peuvent avoir un effet synergique. Le seuil quantitatif nécessaire pour altérer la barrière cutanée et influencer la réponse immunitaire n’est pas connu. Il y a sans doute des sujets plus susceptibles que d’autres à l’aggravation induite par l’environnement, mais nous en disposons pas de marqueurs pour les identifier.

Quelle attitude en pratique ?

Informer le patient sur les facteurs potentiellement irritants présents dans l’environnement est essentiel pour une prise en charge efficace de la dermatite atopique. Ce point est à intégrer dans les programmes d’éducation thérapeutique du patient et de son entourage.

Des stratégies d’éviction du tabac et de la pollution liée au trafic ont d’ailleurs été récemment introduites dans les guidelines de prévention primaire de la DA en Allemagne.

Découvrez notre rencontre avec le Pr Staumont, lors de la dernière Journée Nationale de l’Eczéma

 

 

 

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